Dans une petite tasse, quelques gouttes de thé suffisent. Vous aspirez doucement ; l'arôme remonte vers le nez et le Gyokuro paraît soudain plus dense qu'une tasse servie à la théière.
Au Japon, cette manière de boire s'appelle susuri-cha. Le mot vient de susuru, qui évoque l'action d'aspirer avec un peu d'air. Le son peut surprendre, mais il sert la dégustation : l'air ouvre les arômes, chaque gorgée révèle douceur, umami et texture.

Qu'est-ce que le susuri-cha ?
Avec le susuri-cha, les feuilles ne passent pas d'abord par une théière. Elles sont placées dans une petite tasse, puis recouvertes d'un très faible volume d'eau chaude, d'eau froide ou de glace. Si un couvercle est utilisé, il reste incliné pour retenir les feuilles. Chaque gorgée représente une petite cuillerée.
Cette concentration change la dégustation. L'umami qui serait réparti dans une tasse entière se retrouve ici dans une seule prise en bouche. Les premières gorgées sont douces, vertes et marines ; les suivantes gagnent en profondeur. Dans l'esprit d'une sélection de thé artisanal, le susuri-cha invite à écouter ce que quelques feuilles expriment.
Cette méthode est considérée comme la manière la plus raffinée de boire le Gyokuro. Cette dégustation se déroule par étapes. Une première gorgée peut paraître presque discrète : douceur légère, parfum vert frais, texture souple sur la langue. Aux deuxième et troisième gorgées, le parfum devient plus complexe : des notes d'algue, de verdure coupée ou de riz chaud peuvent apparaître, ou une légère douceur qui se rassemble au fond du nez après avoir avalé. Vers la fin, quand la liqueur est un peu plus riche, l'arôme peut paraître plus rond et plus savoureux. L'aspiration d'un peu d'air avec le thé, comme lors d'une dégustation de vin, fait remonter le parfum ; c'est aussi cette évolution lente qui rend la méthode intéressante pour un Gyokuro de qualité.
Sans couvercle, ça fonctionne aussi
Vous n'avez pas besoin d'une tasse à couvercle pour essayer. Placez les feuilles dans une petite tasse, versez un peu d'eau, puis buvez avec les lèvres resserrées en inclinant le récipient pour retenir les feuilles. Le résultat reste concentré, aromatique et riche en umami. Une tasse trop grande dilue la liqueur ; un yunomi compact ou un petit bol en céramique garde la préparation précise. Nos tasses à thé peuvent servir de point de départ.
Quels thés conviennent au susuri-cha ?
Les thés riches en umami sont les candidats naturels. Le Gyokuro est le choix classique : sa culture sous ombrage favorise la théanine, donc cette douceur dense que le susuri-cha met en valeur. Un Sencha de belle qualité ou un Kabusecha peuvent aussi convenir, surtout si vous aimez une tasse végétale avec une pointe d'astringence.
À l'inverse, les thés de qualité modeste ou les thés torréfiés comme le Hojicha sont moins adaptés, car cette méthode amplifie tout : la douceur, mais aussi l'amertume si elle domine déjà. Pour comprendre les thés ombrés, vous pouvez lire notre guide sur la culture sous ombrage et celui sur la température d'infusion. Notre guide d'infusion du Gyokuro détaille aussi les paramètres utiles.
Choisir une tasse pour le susuri-cha
Une petite tasse convient mieux qu'un récipient ordinaire : elle limite la quantité d'eau, concentre la liqueur et aide à retenir les feuilles au bord. Un petit yunomi ou une autre tasse faite pour quelques gorgées garde aussi la température plus stable et ralentit naturellement le rythme.
Avec le Gyokuro, un couvercle retient la chaleur et les arômes pendant les courtes infusions et forme une fente nette pour boire sans emporter les feuilles. Il reste utile, mais pas indispensable : une tasse sans couvercle, légèrement resserrée à l'ouverture, fonctionne aussi. Choisissez surtout un récipient stable en main, facile à incliner avec précision, d'environ 40 à 80 mL plutôt qu'un grand mug.
La matière et la forme changent également la perception. Une porcelaine fine met en avant la netteté et les arômes ; une terre légèrement texturée peut adoucir la sensation du contact. Une ouverture large libère plus vite le parfum, tandis qu'un bord plus étroit facilite la retenue des feuilles. Pour nous, la tasse participe donc à la préparation et donne son rythme à la séance.
La version glacée
En été, le susuri-cha peut se préparer avec de la glace. Déposez 4 à 5 g de feuilles de Gyokuro dans une petite tasse, ajoutez environ 20 g de glace, puis laissez fondre pendant 20 à 30 minutes. À très basse température, l'infusion à froid extrait surtout la théanine et d'autres acides aminés. La liqueur devient douce, presque sirupeuse, avec une profondeur marine et très peu d'amertume.
La version glacée change presque sans qu'on la voie. Au début, il n'y a parfois qu'un reflet vert pâle au fond de la tasse et un parfum discret au-dessus des feuilles mouillées. Dix minutes plus tard, le liquide peut passer du presque transparent au jaune-vert et gagner en arôme. Les premières gorgées sont délicates et fraîches ; le milieu devient plus rond et la fin plus douce, plus concentrée. Observer cette progression fait partie du plaisir.
Quand la glace a fondu, inclinez la tasse et buvez depuis le bord. Si vous utilisez un couvercle, retournez-le pour recueillir les dernières gouttes, puis dégustez-les directement dessus. Elles sont souvent sucrées, car elles concentrent ce que les feuilles ont libéré.
Manger les feuilles ensuite
Après le susuri-cha, les feuilles sont pleinement hydratées, tendres et agréables à manger. Assaisonnez-les légèrement avec du ponzu, quelques gouttes de sauce soja ou une vinaigrette douce au vinaigre de riz. Avec environ 5 g de feuilles infusées, deux cuillères à café de ponzu et une de vinaigre de riz suffisent. Quelques graines de sésame ou un peu de daikon râpé peuvent compléter l'ensemble.
Pour une finale plus ronde, vous pouvez aussi utiliser deux cuillères à café de ponzu avec quelques gouttes d'huile de sésame. Quelques copeaux de katsuobushi peuvent s'ajouter au sésame blanc ou au daikon, à condition de garder l'assaisonnement léger : il s'agit de goûter la feuille, pas de la masquer.
Ces feuilles peuvent encore rejoindre une petite salade de concombre, de pousses de daikon ou de tofu. Elles accompagnent aussi du riz chaud avec un peu de ponzu, ou un bol simple avec des shirasu ou du nori déchiré. Quelle que soit la préparation, utilisez-les le jour même et évitez les sauces puissantes qui effaceraient la douceur cherchée dans la tasse.
Chez FETC, nous aimons le susuri-cha parce qu'il déplace l'attention : moins de volume, davantage de présence. Une petite tasse, quelques grammes de Gyokuro et un moment sans hâte montrent combien une feuille peut contenir de nuances.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le susuri-cha ?
Le susuri-cha est une manière japonaise de préparer et de boire le thé directement dans une petite tasse, le plus souvent du Gyokuro. Nous buvons par un léger interstice du couvercle, ou depuis le bord d'une tasse sans couvercle, afin que chaque petite gorgée fasse remonter l'arôme.
Quels thés conviennent le mieux au susuri-cha ?
Le Gyokuro est le choix classique, car la culture ombrée lui donne une douceur concentrée, riche en théanine. Les Sencha et Kabusecha de haute qualité fonctionnent aussi ; les thés torréfiés ou amers peuvent devenir trop vifs.
Quel récipient utiliser pour le susuri-cha ?
Commencez avec un petit yunomi ou une tasse sans anse, idéalement autour de 40 à 80 mL. Un couvercle aide à retenir les feuilles et les arômes, mais une tasse sans couvercle avec un bord étroit fonctionne aussi très bien.
Comment préparer un susuri-cha glacé ?
Déposez 4 à 5 g de Gyokuro et environ 20 g de glace dans une petite tasse. Laissez la glace fondre lentement pendant 20 à 30 minutes ; une fois entièrement fondue, inclinez la tasse et buvez par l'interstice au bord.
Quelle erreur de débutant éviter ?
L'erreur courante est d'utiliser trop d'eau ou une tasse trop grande. Le susuri-cha repose sur la concentration ; gardez donc un petit récipient, buvez par toutes petites gorgées et ajustez la quantité de feuilles ou de glace selon votre goût.





